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Jour et nuit
André Chapleau
2009-12-01 Je reste vigilent jour et nuit : le jour, parce que je tente de ne rien manquer de ce que la vie peut m'apporter; la nuit, parce que je veux être sûr d'être à l'écoute de mes rêves, desquels je puise de nombreux conseils sur ma façon de vivre le jour. Jour et nuit sont ainsi étroitement liés, conspirant ensemble sur les aléas de mon existence sans que j'en sois toujours conscient. Certaines personnes sont carrément diurnes : elles émergent de la nuit comme d'une eau noire qui se referme sur elles le soir venu pour les rejeter sans souvenir aucun sur les rives du petit matin. D'autres sont au contraire du type nocturne : elles ne peuvent commencer à vivre vraiment que lorsque le soleil s'est couché et que l'influence lunaire vient les aspirer et les inspirer jusqu'au lendemain. Les diurnes comme les nocturnes savent ce qu'ils cherchent de la vie et se rencontrent rarement les uns les autres, se partageant les heures comme une tarte qu'on ne veut manger qu'à moitié. Quant à moi, si j'évolue le jour et dors la nuit, je ne sais trop néanmoins si je suis davantage diurne que nocturne, puisque j'ai toujours l'impression de vivre en rêve ce qui importe le plus, ne faisant somme toute que suivre le jour mes empreintes de pas laissées la nuit, guidé par l'information nocturne pour m'orienter dans la journée. Suis-je un être diurne qui puise son inspiration la nuit ? Ou alors un être nocturne qui ne fait que suivre à la trace le chemin que je parcours en rêve la nuit ? L'ambiguïté de ma situation s'étend également à d'autres aspects des plus troublants lorsque je considère le fait que je ne parviens jamais vraiment à resté parfaitement éveillé le jour, englué que je suis par mes visions nocturnes... Et puis je ne suis guère mieux la nuit venue, alors que j'ai du mal à m'endormir, anxieux devant la perspective des rêves à venir, de ma capacité à retenir par la suite leur précieux enseignement. Peut-on être autre chose que diurne ou nocturne ? Existe-t-il un entre-deux ? Pourrai-je ainsi rester éternellement à cheval entre le jour et la nuit, entre le rêve et son interprétation, entre le sommeil et l'éveil ? Je ne sais trop. Aujourd'hui, alors que je tente en vain de me rappeler les rêves de la nuit, durant laquelle je n'ai cessé de me débattre dans mon lit, je me demande si je suis vraiment éveillé. Peut-être que cette réalité du jour n'est rien d'autre qu'un rêve que je fais la nuit... Je me suis d'ailleurs souvent demandé si cette vie que je crois vivre le jour n'est justement rien d'autre qu'un songe sans importance, qu'un hiatus entre deux nuits, entre deux rêves où se tisse la vraie réalité... qui n'existe nulle part ailleurs qu'en ce lieu onirique où tout ce joue vraiment. Si c'est la cas, l'unique but de mon existence serait de me rappeler ma vie nocturne, celle qui compte vraiment. Tout le reste, ça ne serait finalement qu'un simple exercice de mémoire... Qui suis-je vraiment ? J'ai oublié. Mais croyez-moi : je vais tout faire pour m'en souvenir dès maintenant. Vous ne me croyez pas ? La preuve : je me recouche tout de suite. Je saurai alors qui je suis, je comprendrai ce qui importe, je saisirai les plus grands mystères... Et si je ne m'en souviens plus ? C'est pas grave. Je me rendormirai bien un jour à nouveau, non ? Alors voilà... Peu importe ce je me souviens de ma vie rêvée. L'important, c'est d'y revenir... le plus souvent possible. Bonne nuit. Commenter ce blogue Retour |