Boîte à outils
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La routine

André Chapleau
2010-02-01

La vie, avec les horaires réguliers de l’école, du travail et des loisirs, nous oblige souvent à organiser nos jours en fonction d’un emploi du temps si serré qu’il est difficile de ne pas s’enliser dans une routine immuable. Puisque le métro-boulot-dodo est le lot de la plupart de nous, il faut savoir dompter la bête routinière, s’accoutumer à la triste régularité des habitudes qui tissent, au fil des jours, une toile qui limite nos mouvements, un filet qui nous contraint, un piège qui nous retient de prendre notre envol hors du quotidien.

Pour beaucoup, suivre le train-train de la routine n’est pas un choix, mais une obligation. Je commence à travailler à huit heures, part luncher à midi, revient à la maison en fin d’après-midi, soupe à dix-huit heures, regarde mes émissions préférées à leur plage horaire respective et me couche à une heure raisonnable, en fonction de l’heure à laquelle, le lendemain matin, mon réveil va sonner. J’ai peu de latitude: je dois m’adapter à cette routine… ou alors tout chambouler !

La routine est d’autant plus difficile à accepter qu’elle tranche avec notre personnalité. Si je suis du genre à privilégier la spontanéité au calcul, à vouloir vivre au jour le jour, guidé par des décisions de dernière minute et des impulsions soudaines plutôt que par les habitudes quotidiennes, je trouverai alors difficile de m’accoutumer à cette routine et lassant de la maintenir au fil des mois et des années. Toutefois, si je suis au contraire d’une nature réfléchie et conservatrice, j’apprécierai d’autant plus la routine que je la trouverai réconfortante face aux aléas de la vie.

Personnellement, je suis un être de routine… qui ne connaît pas la routine ! En effet, je me plie volontiers à la régularité des habitudes sans toutefois en subir le poids, comme si la routine était pour moi non pas un rite lassant, mais une habitude rassurante, un rituel familier, une pratique sécurisante dans un monde où l’on n’est sûr de rien, où l’on n’a de contrôle que celui que le hasard nous laisse, incidemment, entre deux impondérables.

Alors pour un être ennuyeux comme moi, la routine est une bénédiction: elle me préserve de prendre des décisions – ce que j’ai du mal à faire – et me permet de m’appuyer sur quelques certitude dans notre existence par ailleurs remplie d’incidents, de mauvaises surprises et autres désastres quotidiens.

Mon chemin n’est pas le moins fréquenté, mais au contraire une voie usée par le passage de ceux et celles qui m’ont précédé. Vous l’aurez deviné: je ne suis pas du genre à prendre des risques. C’est pourquoi la routine est pour moi bien davantage une bénédiction qu’un supplice. Certains pourraient voir dans cette vie parfaitement réglée de la monotonie, voire de la tristesse. Or, il n’en est rien. Le fait est que je ne trouve jamais, dans la répétition, le loisir de m’ennuyer. Tout geste de routine, toute action récurrente se présente à mes yeux sous un jour nouveau d’une fois à l’autre. Je ne peux m’ennuyer, parce que je ne perçois jamais vraiment de répétition. Il faut avouer que je n’ai pas beaucoup de mémoire… Alors d’une journée à l’autre, j’ai oublié la routine de la veille. Voilà pourquoi je n’ai pas de mérite de supporter le train-train quotidien. Le fait est que… je ne m’en rend même pas compte.

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    Numéro 23 - suspension de la publication
    Sept-Oct-Nov 2010

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