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L'essentiel

Chantal Gohier Chantal Gohier
De Westfalia à Westafrica... en route vers le changement

Tels la commune des mortelles, les nuits et les jours de mon adolescence ont été bercés par de nombreux rêves. Outre une vie d’abondance et de célébrité, je me projetais sans effort au jour où je me retrouverais au volant de ma Westfalia, symbole de paix, de liberté et d’aventure. Celle-ci était bien évidemment peinte de toutes les couleurs possibles et impossibles, de peace and love et de marguerites géantes. Puis, au volant imaginaire de ma bagnole, je parcourais les routes d’ici et d’ailleurs et contribuais à la création d’un monde meilleur, ignorant que celui-ci devait d’abord renaître en moi.

À cette même époque, je rêvais également de l’Afrique; et c’est ce que les forces de l’Univers ont entendu en premier, puisque je me déplace encore en Saturn et puis, il y a trois mois, j’ai déposé mon âme en terre africaine. Là, j’ai fait un pèlerinage inoubliable et je sais maintenant pourquoi la seule évocation de ce bout du monde a toujours résonné dans la plus microscopique de mes cellules et ravivé l’universalité de mon instinct tribal. Je sais également qu’on ne voyage pas en Afrique, on en devient profondément amoureux. Au Sénégal, pays de la Téranga, Terre de Paix et de Foi, une dimension spirituelle insoupçonnable de l’ordre de l’expérience est là, palpable, en permanence. Dans ce pays lointain, la Présence, le sens profond derrière l’action et le geste n’ont pas été remplacés par les illusions ou les faux besoins. Avoir, faire et paraître sont des verbes qui n’existent pas dans le Bescherelle humain d’un peuple apparemment démuni qui vient de m’aider à me rappeler ce que sont l’Abondance et la Liberté. Le verbe Être, quant à lui, ne se conjugue qu’à l’instant présent. Là, le contact avec chaque Être se fait dans l’Essentiel et nous plonge dans une profonde communion où tout le reste n’existe pas.

Avant de partir de l’autre côté de l’océan, j’ignorais que le choc culturel serait bien plus difficile à intégrer à mon retour ici qu’à mon arrivée là-bas, dans le Tiers Monde. Sur la route qui me ramenait de l’aéroport à la maison, malgré le bonheur de retrouver mon amoureux, j’ai retenu les larmes qui me brûlaient les yeux et la gorge. J’avais beau chercher de chaque côté du chemin tous ces hommes, ces femmes et ces enfants qui, avec force et foi, travaillent pour l’Essentiel et vivent naturellement à partir de cette même dimension; j’avais beau tenter de retrouver toute cette chaude vie animée et ces couleurs dont j’ignorais auparavant l’existence : rien. Rien que du béton et une route désertique qui m’ont soufflé froidement : où se trouve réellement le désert ? Puis je me suis demandée si l’on revient jamais de ce bout du monde où l’on a découvert son véritable chez Soi.

Bien qu’une grande, très grande partie de mon cœur soit demeurée là-bas, je suis revenue de l’Afrique de l’Ouest transformée. La Paix, l’Abondance, la Liberté et l’Aventure projetées dans ma très colorée Westfalia à l’adolescence ont pris un sens nouveau. Et même si je souhaite toujours me retrouver au volant de ma West un jour, je prends conscience qu’il s’agit là d’un rêve bien relatif et accessoire. Je vais jusqu’à me demander si ce dernier a encore les dignes critères requis pour s’appeler un rêve. Enfin, je saisirai le thème du prochain bulletin, Changement, pour partager la suite de mes réflexions et témoigner de la métamorphose qui continue d’opérer en moi depuis mon retour de la Terre Mère.

Moi qui avais l’habitude de dire à tout de suite dans la Lumière, je dis : à tout de suite dans… l’Essentiel !


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