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Les Arts Santé

Francine Lévesque Francine Lévesque
1001 réponses

Impératif de l’instinct, d’une connaissance sensible ou intellectuelle, la réponse qui a comme préface parce que est plus complexe qu’il en parait. Pourquoi ? Parce qu’il y a des instincts qui s’expliquent mal, des intuitions qui guident sans mots, des inspirations transcendantes qui orientent, des sensations qui informent et parfois dictent plusieurs options sans pour autant qu’une raison (le parce que) ne réussisse à expliquer la complexité d’une motivation.

Les parce que sont des réponses sous forme de raisons et parfois de rationalisations qui cherchent à cadrer l’expérience, à délimiter, à organiser, voire justifier les gestes et l’expérience. Il y a tant qui se perd quand une justification vient encadrer l’expérience. Nous vivons dans une société qui prise le discernement, qui cherche à tout expliquer, qui nous demande de tout communiquer par la parole. Le principe scientifique, qui cherche des preuves et des universels à ses hypothèses, a créé l’illusion que tout peut se savoir, s’écrire et se décrire, se traduire en équations, se quantifier en graphiques ou en tableau de bord pour les gestionnaires… parce qu’on se doit maintenant d’être efficient et efficace ! Plus question de flâner, d’airer, de rêver, de se nourrir les sens dans l’oisiveté, le temps c’est de l’argent, dit-on. Même la contemplation, plus répandue dans certaines autres cultures, est suspecte dans notre monde occidental.  

Rationaliser porte la même racine que ration, soit réduire, diminuer, économiser. Un monde de justifications rationnelles est un monde qui est appauvri, diminué par l’absence de son abondante irrationalité. Une bien grande illusion. Le raisonnement, à son tour, relève d’une bonne capacité cérébrale à émettre des entendements aux hypothèses posées. « La raison » est synonyme de réfléchir et porter des jugements justes; soit égale à sain d’esprit; tandis que son contraire est déraison ou pire encore. Perdre la raison, c’est avoir une logique autre que celle comprise par la masse des bien-pensants. Le DSM-IV est un lexique de la déraison et de ses pathologies. Et pourtant ! L’homme est fondamentalement irrationnel, ses faits et gestes mus en grande partie par tout un univers de motivations qui lui échappe. De plus, il vit dans un monde dont les sources de stimuli et d’influences augmentent continuellement.

Ce que l’homme connaît de lui-même et arrive à communiquer est la pointe d’un iceberg submergé sous sa conscience et dont le sens échappe aux trop simples parce que. Le principe de causalité qui informe l’agir humain est loin d’être linéaire. L’ensemble ressemble beaucoup plus à du théâtre en plusieurs actes, dont les couches successives de sens se dévoilent peu durant la première représentation. Seuls l’intimité et le temps peuvent rendre favorable l’émergence des couches de sens sous l’épiderme protecteur. Prend-on le temps aujourd’hui de vraiment connaitre ?

Les objets d’art que l’on crée sont porteurs de ce savoir qui émerge du corps, des émotions, de l’esprit, de nos relations au monde et personnes qui nous entourent. Mais les comprendre n’est pas si simple. Dans mon travail d’art-thérapeute, le travail artistique sert plusieurs fonctions. Il sert à communiquer le vécu de la personne, sa relation à l’autre, sa relation à la création, sa tolérance à l’ambivalence, à l’incertitude, à ce qui émerge et se forme, à ce qui somme toute est en grande partie inconnu. Autant l’art que la psychothérapie sont des mondes où l’on patauge dans l’incertitude et l’inconnu. Pas d’experts ici, pas de simple cause à effet. Cette mise en forme et cette recherche de sens se fait à trois : thérapeute, artiste/client(e) et œuvre créée. Le processus de création offre un temps d’entretien visuel suivi la plupart du temps d’un dialogue où les mots prennent plus de place; c’est là que nous regardons et cherchons ensemble. Descriptions du travail, de l’objet, du vécu pendant la création, analogie avec d’autres aspects de la vie, jeux et questionnements anthropomorphiques sont quelques-uns des mécanismes qui servent à explorer les sens qui se cachent sous la surface d’une création, d’une série d’images et d’objets. Souvent le sens émerge après des semaines et mois de travail. Une œuvre récente viendra éclairer une série d’œuvres créées sur un temps. Parfois le travail se fait tranquillement par le biais du faire en présence de l’autre qui accepte ce qui est vécu comme inacceptable. Le sens émerge du temps, comme le fossile qui se révèle après que les années aient poli et usé la pierre qui le contenait.

Je fais un travail en dehors des normes, où le temps et la poïétique ont comme but de libérer l’imaginaire, d’ouvrir le monde des possibles vers une vie plus créative. Pas de livre de recettes rempli de parce que, juste un GSM attentif aux coordonnées que l’on me donne.


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