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Créatorium
Sylvain CharronUn acte ultime de liberté Je peins parce que j’étais un adolescent solitaire qui cherchait un chemin qui mène jusqu’à son cœur. Je peins parce qu’un jour j’ai pris des couleurs dans mes mains qui devinrent lumière une fois posées sur le papier et que dès lors j’ai été animé par le désir de recommencer. Je peins parce que je recommence encore, toujours, de plus en plus et parce que je ne sais plus comment m’arrêter. Je peins parce que la peinture est forte et qu’elle m’emporte en faisant fi des arguments où j’avance qu’elle abuse de mon temps. Je peins parce que la peinture, n’ayant rien à faire de mon temps, renverse le sablier pour me conduire à la frontière limitrophe de l’éternité. Je peins parce que dans le haut fourneau de ma passion de peindre je flambe le monde. Je peins parce que la peinture a fait de moi un incendiaire, un joaillier qui cisèle le feu pour sertir la nuit avec les tisons ardents de la beauté. Je peins parce que je ne supporte pas la cécité blanche de la toile vierge, parce qu’il me faut féconder ce point aveugle, l’ensemencer de mes inspirations. Je peins parce que la peinture ne cosmétique pas l’apparence des êtres et des choses mais la met à nu. Je peins parce que peindre donne à voir chaque fois que la main épouse la sagacité de l’œil. Je peins parce qu’autrement le sens de ma vie se perdrait dans l’ordinaire affairé du quotidien. Je peins parce que créer est un acte ultime de LIBERTÉ. Retour |