Boîte à outils
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Créatorium

Sylvain Charron Sylvain Charron
Un acte ultime de liberté

Je peins parce que j’étais un adolescent solitaire qui cherchait un chemin qui mène jusqu’à son cœur.

Je peins parce qu’un jour j’ai pris des couleurs dans mes mains qui devinrent lumière une fois posées sur le papier et que dès lors j’ai été animé par le désir de recommencer.

Je peins parce que je recommence encore, toujours, de plus en plus et parce que je ne sais plus comment m’arrêter.

Je peins parce que la peinture est forte et qu’elle m’emporte en faisant fi des arguments où j’avance qu’elle abuse de mon temps.

Je peins parce que la peinture, n’ayant rien à faire de mon temps, renverse le sablier pour me conduire à la frontière limitrophe de l’éternité.

Je peins parce que dans le haut fourneau de ma passion de peindre je flambe le monde.

Je peins parce que la peinture a fait de moi un incendiaire, un joaillier qui cisèle le feu pour sertir la nuit avec les tisons ardents de la beauté.

Je peins parce que je ne supporte pas la cécité blanche de la toile vierge, parce qu’il me faut féconder ce point aveugle, l’ensemencer de mes inspirations.
Je peins parce que la mystérieuse profondeur des surfaces m’appelle.
Je peins parce que la fenêtre qu’ouvre un tableau donne sur le dedans des dehors.
Je peins parce que la couleur nomme le monde sans le figer dans une définition.
Je peins parce que l’œuvre s’impatiente de naître.
Je peins parce que l’inutilité apparente de ma peinture me libère de toute fonction.
Je peins parce que je suis solidaire de tous les Don Quichottes du monde.
Je peins parce que je cultive ma différence.
Je peins parce que je suis fondamentalement intranquille.
Je peins parce que je reconnais comme un immense privilège le fait d’être hors jeu.
Je peins parce que je ne vois guère comment je pourrais m’en passer puisque entre chacun des battements de mon cœur la vie exige plus d’intensité, de profondeur et d’authenticité.

Je peins parce que la peinture ne cosmétique pas l’apparence des êtres et des choses mais la met à nu.

Je peins parce que peindre donne à voir chaque fois que la main épouse la sagacité de l’œil.

Je peins parce qu’autrement le sens de ma vie se perdrait dans l’ordinaire affairé du quotidien. Je peins parce que créer est un acte ultime de LIBERTÉ.


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Numéro 23 - suspension de la publication
Sept-Oct-Nov 2010

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