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Art de vivre

Lynn Dolen Lynn Dolen
Créer pour éviter de se conformer

« Chaque saison possède ses propres beautés, mais alors pourquoi préfère-t-on l’été ? ».
Lynn Dolen,
1970-qui sait ?,
femme, mère et enfant.

J’avais 16 ans lorsque j’ai écrit cette phrase dans mon journal. C’était l’été. Au lieu de me laisser caresser par les rayons du soleil qui avaient pourtant le pouvoir de dorer ma peau si pâle, je m’engouffrais dans mes pensées. Pour réfléchir. Pour fuir. Au grand désespoir de ma mère. Devant l’incrédulité de mes copines. Je m’enfermais dans une profondeur dont je ressortais épuisée. À cette époque, je croyais qu’être intelligente rimait avec sérieux. Je m’abaissais rarement à rire aux éclats. Je regardais l’existence et les autres avec les yeux condescendants d’une adolescente qui pense avoir tout compris.

Évidemment, je ne savais rien. J’étais remplie de craintes. J’avais peur de vieillir. Peur que la canicule qui me permettait de rester des heures sans bouger m’aspire jusqu’à me transformer en une femme aigrie et quelconque et ce, avant d’avoir vécu. Je souris en pensant à l’été de mes 16 ans car même s’il fût douloureux, il a contribué à mon évolution. Il m’a permis d’être celle que je suis aujourd’hui.

Durant cet été-là, j’ai parcouru mes sentiers intérieurs, j’ai sillonné mes complexes, j’ai apprivoisé mes ombres. J’ai dessiné, j’ai écrit, j’ai pleuré. La chaleur de l’été et le vent qui soufflait sur mes cheveux sans pour autant refroidir ma détresse, m’ont sifflé de grandes vérités. Grandes vérités que j’ai reconquises à l’âge de 25 ans seulement, mais qui s’étaient quand même frayées un chemin en moi durant cet été marquant.  

Aujourd’hui, le printemps, saison qui marque les années qui passent dans ma vie, me remplie d’espoir. J’en profite pour faire le bilan, regarder derrière et y puiser les ressources pour réaliser de nouveaux rêves. Aujourd’hui, je profite de l’été pour me fondre à la nature, jouer dans la terre, planter des désirs. Aujourd’hui, j’admire la sagesse de l’automne qui ose se dénuder et nous offrir son côté sombre, fragile. Aujourd’hui, j’écoute le silence de l’hiver et j’y entends les gens d’hier qui profitaient de cette saison pour ralentir. Aujourd’hui, je sais que toutes les saisons sont belles et qu’il suffit d’un sourire pour rendre au regard d’un vieillard la vitalité de sa jeunesse.

Cet été, sous la canicule, je prendrai quelques minutes pour me rappeler qu’à 16 ans, j’ignorais que la beauté réside dans les saisons qui défilent. Elles nous rappellent que le temps passe et qu’il faut en savourer chaque seconde.


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