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Passer muscade
Sylvie LerouxY fait chaud !!! Y a-t-il juste moi qui ai chaud ? Les cheveux plaqués sur le crane, la vue brouillée par la sueur qui descend de mon front, la blouse collée au corps, la rigole qui part des aisselles jusqu’à la taille. J’arrête là, je ne descendrai pas plus bas dans ma description de Y fait chaud !!! Fait froid on se plaint, fait chaud on se lamente. Cela fait partie du patrimoine culturel du Canayen français qui se retrouve dans tout Québécois ainsi nommé. La température est un sujet qui anime les conversations des salles d’attente, des cafétérias, des bureaux, bref à travers toute la province et dans tous les milieux. Personnellement j’aime bien vivre les quatre saisons qui colorent notre quotidien. J’aime ces changements, j’aime voir la nature s’habiller différemment d’une saison à l’autre. Ces transformations, on fait tous la même comparaison, ces transformations donc, comme les âges de la vie. Je trouve qu’il y a du merveilleux à vivre dans un tel climat. Ça nous tatoue l’âme, le corps et l’esprit. On ne peut passer outre de telles influences. Il y a ce roman d’Henri Bosco, était-ce Le mas Théotime ou un autre roman du même auteur, ma mémoire me fait défaut, mais une histoire donc où la nature est à mon avis l’un des principaux personnages. Les orages déclenchés par les passions humaines sont le pendant des perturbations climatiques. Entre autre le vent a une forte présence dans ce récit. Il est une voix qui transporte le lecteur dans un tourbillon d’émotions, on est pris dans l’entonnoir dessiné par une tornade. Et les humains de cette narration ne sauraient être autres que ce qu’ils sont, car ils sont modelés par la géographie et les aléas climatiques de leur environnement immédiat. Il y a aussi le livre de Robert Marteau, Fleuve sans fin. Tout un livre consacré au fleuve St-Laurent et écrit par un Français. Je suis convaincue que nos créateurs, nos artistes, nos artisans, nos chercheurs, nos patenteux, nos inventeurs sont inspirés et guidés dans leurs réalisations par les tourments météorologiques de notre pays et sa nature puissante, je ne trouve pas d’autres mots. Ce pays que l’on croît avoir bâti, c’est lui qui nous a faits. Nos aïeux ont eu à survivre à des rigueurs climatiques dont ils ne soupçonnaient aucunement l’existence. Nous, les descendants, on porte cet héritage dans nos gènes. Voilà, nous sommes un peuple marqué par son climat et ses bourrasques. Nous avons appris à nous débrouiller avec les aléas climatiques, canicule et froid démentiel. Ainsi pour fuir la froidure, plusieurs d’entre nous descendent au sud vers les plages de la Côte est américaine, et l’hiver d’autres s’envolent plus au sud vers les Caraïbes. Peut-on conclure que, tout compte fait, nous préférons la canicule au froid hivernal ? Je ne sais pas, mais moi j’ai les cheveux plaqués sur le crane, la vue brouillée par la sueur qui descend de mon front… Retour |