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Info-Artistique
Caroline LeclercDe la chenille au papillon Je crois qu’il n’existe nulle part ailleurs dans le monde pareil concept. Une île au beau milieu d’une ville de deux millions d’habitants grouillante d’activités et où se côtoient les vestiges d’un passé industriel et l’énergie d’une communauté artistique vibrante. Granville Island est sans contredit l’une des plus belles découvertes que j’ai faites à Vancouver. Passée la grande arche suspendue au pilier du pont surplombant l’île, j’ai ressenti une atmosphère particulière, un peu comme si je franchissais la barrière d’une fête foraine. Conçue pour accueillir les piétons et propice à l’expression artistique de toutes sortes, Granville Island arbore fièrement son passé industriel avec ses vieux bâtiments de tôle, ses anciennes manufactures et usines rouillées qui sont désormais transformées en marché public, en école d’art, en magasins, restaurants, théâtres et galeries d’art. C’est à la fin des années 1970 que la transformation de Granville Island a commencé. D’un parc industriel de 37 acres qui tombait en décrépitude dans False Creek, l’île est désormais devenue le berceau des artistes et artisans de la région. Mais, il y a cent ans, l’île n’existait tout simplement pas. Il s’agissait plutôt de deux bancs de sable en plein cœur de False Creek que les membres des Premières nations utilisaient pour pêcher. À l’arrivée des colons, ces derniers ont voulu les détruire pour en faire soit un cours d’eau assez profond pour y naviguer, soit une étendue de terre ferme qu’ils pourraient acheter, vendre et exploiter. Plusieurs conflits suivirent et comme personne n’arrivait à s’entendre ou à s’imposer, les bancs sont restés inexploités pendant encore 20 ans. C’est la construction du pont en 1915 qui a permis à Granville Island de prendre vie. « Près d’un million de verges cubes de terre de remplissage a été dragué des eaux environnantes de False Creek et entassé pour former une large crêpe sous le Granville Street Bridge. » Il n’en fallait pas plus pour que les entreprises liées aux secteurs de la foresterie, de l’exploitation minière, de la construction et du transport maritime s’y installent. Au fil des ans, l’île a subi les grands événements marquants de l’histoire du Canada : le boom industriel, la grande dépression et les deux grandes guerres. Après la Seconde Guerre mondiale, un ralentissement économique s’est fait sentir, mettant brusquement un frein à la production industrielle. Les usines de l’île sont devenues des nids à incendie graisseux et poussiéreux et False Creek, un véritable dépotoir à substances toxiques où les manufactures avaient déversé déchets et autres polluants. Voyant les entreprises sombrer, les représentants de la ville se sont mis à caresser un projet de remise en valeur : rendre le front d’eau à nouveau accessible au public. Quelques années plus tard, l’île reprenait vie. « Même si Granville Island a énormément changé depuis l’époque industrielle, elle a conservé certains vestiges du passé. Quelques-uns des premiers établissements de l’île existent encore : la cimenterie Ocean Construction Ltd. prend place sur la rue Johnston depuis plus de 80 ans; Micon Industries, fabriquant d’outils de forage, s’est réinstallé sur la rue Anderson dans les années 1960. Ces deux entreprises prospèrent encore aujourd’hui et incarnent le passé de l’île. » Le présent et l’avenir s’expriment quant à eux à travers la diversité artistique. Plusieurs disciplines sont à l’honneur : du souffleur de verre au sculpteur, de l’aquarelliste au designer de mode en passant par les peintres, photographes et artisans de toutes sortes. Tous partagent ce lieu effervescent où l’on peut visiter la boutique, mais aussi l’atelier de travail de l’artisan. Granville Island est sans doute une réussite extraordinaire sur le plan de la remise en valeur, mais je crois qu’il s’agit aussi d’un fabuleux projet favorisant le rayonnement des artistes canadiens à travers le monde. Telle une chenille, Granville Island s’est métamorphosée en un joli papillon coloré. J’espère seulement maintenant que son espérance de vie dépassera celui de ce lépidoptère. Retour |