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Les Arts Santé
Francine LévesqueLes possibles impossibilités Quand les jeunes et les familles arrivent dans nos services (pédopsychiatrie), ils ont été confrontés à plusieurs portes qui se sont refermées derrière eux. Ma tâche en grande partie est de rouvrir la boîte de ce qui n’est plus possible pour y réintroduire une banque de possibilités. Dans un autre temps ce que je fais c’est revoir les impossibilités, les revisiter pour en tirer des leçons; d’une part les limites réelles d’une situation, d’autre part accompagner et transformer le vécu émotif autour de ces situations souvent douloureuses. Il y a donc des impossibilités qui redeviennent des possibilités : retourner à l’école d’origine, par exemple, pour un enfant qui s’est fait expulsé pour des comportements difficiles. D’autres fois ce sont des impossibilités qui deviennent les limites réelles d’une actuelle situation ou condition. Mais non madame, votre garçon qui a des troubles d’apprentissages sérieux ne sera peut-être jamais premier d’une classe régulière et toi Mélanie, diagnostiquée avec une atrophie musculaire importante aux deux jambes, ne pourra très probablement jamais courir le marathon. Il faut pleurer plutôt que tout casser et aller de l’avant pour reconstruire sa vie en fonction des capacités et talents qui demeurent. Le succès sera d’un autre ordre parfois; il y a bien souvent d’autres possibilités qui sont éclipsées par le gros nuage noir des difficultés qui perdurent ou encore par des exigences irréalistes. Ce qui est extraordinaire en création artistique c’est la possibilité d’imaginer tous les possibles. Mais tout aussi importantes sont les contraintes imposées par les matériaux, l’espace-temps et nos capacités qui ne peuvent qu’être limitées dans une situation ou une autre. Chaque création est une danse d’ajustement entre tous ces possibles imaginables et les limites incontournables de la réalité vécue dans un corps et un esprit incarnés dans la matérialité de l’espace-temps qui nous entoure. Lorsque nous créons, nous confrontons une idée aux limites de la matière. D’où souvent cette déception de ne pas pouvoir traduire l’idée telle que vue dans sa tête. Plusieurs abandonneront cette traduction car ce n’est jamais tel que pensé. Les personnes qui souffrent de troubles anorexiques, par exemple, sont des perfectionnistes qui visent des idéaux irréalisables; leur corps, la matière qu’elles tentent de façonner à l’image de cet idéal. Ce qu’elles imaginent n’est de toute évidence que fantasme; confrontées à la réalité, elles persistent à transposer l’image idéalisée sur la réalité matérielle de leur corps avec des résultats dévastateurs (certaines en meurent). Le travail thérapeutique s’élaborera de différentes façons. Une approche consistera à fixer l’attention sur ce qui est vraiment là, pour recadrer la compréhension. Mais souvent nous travaillons avec des personnes aux défenses importantes qui éviteront le sujet comme la peste. Pour mener le projet à bien, nous pouvons travailler indirectement à partir des limites inhérentes aux matériaux. La traduction d’une idée artistique devra emprunter le chemin des possibilités créatrices mais aussi prendre en considération les contraintes propres au matériel choisi, au temps alloué, aux connaissances disponibles sans que le projet ne soit abandonné. Guider et accompagner le travail exigera du doigté et de la persévérance. C’est pourquoi je peux affirmer avec confiance que la pratique artistique offre tant les possibilités (l’ouverture) que les contraintes (la nécessaire confrontation aux limites) pour être considérée, dans un contexte thérapeutique, une avenue privilégiée et propice pour améliorer l’équilibre psychologique. • http://www.blog.douglas.qc.ca/arts/ Retour |