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Observation
Eric J HughesLa voie lactée La nuit, je regarde souvent le ciel et je m’imagine parfois que les étoiles sont autant de personnes à rencontrer, autant d’individus à découvrir éventuellement. En observant la voie lactée, je remarque certaines étoiles qui brillent davantage. De la même manière, certaines personnes vont tout particulièrement m’éblouir. Je pense notamment à un artiste de ma connaissance que j’ai rencontré récemment en visitant un symposium. Cet artiste, je le croise à chacun des symposiums que j’ai visité. La raison en est simple : il les fait tous ! Quand je le vois s’installer, monter son kiosque, aligner ses toiles, les protéger du mauvais temps lorsque la pluie s’en mêle, recevoir les visiteurs et, une fois l’événement terminé, tout démonter, tout remballer, et de surcroît faire tout ça avec le sourire, je me dis que les héros de ce monde ne sont pas tous et dans les romans : beaucoup viennent exposer et tenter de vendre quelques toiles dans les symposiums. Je lui ai demandé : « alors, tu as vendu ? ». Il m’a répondu : « Bof… » et j’ai compris que dans ce bof, il n’y avait pas même de la déception. Même si cet artiste n’avait pas fait d’argent lors de ce symposium, ou encore tout juste assez pour couvrir ses frais, il ne regrettait rien. Il sera là certainement l’an prochain. D’ailleurs, on se croisera probablement le mois suivant à cet autre symposium. Quand je lui ai demandé comment il faisait pour arriver, monétairement ai-je précisé, il m’a regardé droit dans les yeux : «je n’arrive pas, mais ce n’est pas grave. Je fais ce que j’aime». Quand on me demande si je suis devenu riche avec mon art, je suis tenté de répondre : « oui, je suis devenu riche ». Cette richesse, c’est celle de connaître des gens comme cet artiste qui fait tous les symposiums sans rien attendre en retour. Il n’a pas d’attente particulière : seulement l’espoir... Et c’est là le secret de la persévérance : un tout petit bout d’espoir comme la lueur d’une étoile dans la nuit. Si chacun pouvait se rappeler qu’un sourire vaut mille mots, et qu’un seul mot gentil vaut bien plus que tout l’argent du monde, je me perdrais dans l’indigo du ciel comme on se perd dans ses pensées. Pire encore : je ne quitterais plus des yeux la voûte céleste. Et puis je saurais facilement te retrouver. Es-tu là, mon étoile ? Avant de filer, rappelle-toi de prendre en passant un litre de lait… Retour |