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André Chapleau André Chapleau
Mandala

Mandala. En toi, je suis la clef de voûte du monde : tu symbolises la vie avec moi pour centre parfait. Je peux entendre ton silence recouvrir les bruits de l’Univers. Ou alors c’est l’Univers lui-même qui s’est fait Mandala: moi, je ne suis qu’un de tes nœuds, à la rencontre de l’abscisse intérieure et de l’ordonnée cosmique.

Tu es l’œil qui me regarde sans ciller alors que je me hasarde en périphérie de ton corps circulaire. Parfois, tu me laisses m’éloigner le temps d’une rupture imparfaite. Je me détache de toi seulement pour me rendre compte que je ne puis aller bien loin hors de ton influence. Une chose est certaine : j’ai besoin du contrôle que tu exerces sur ma vie. Sans cet équilibre que tu exprimes impeccablement, je tangue d’un côté ou de l’autre, comme une boussole sans nord.

Tu es ainsi fait que mon esprit entre en toi d’un côté pour en ressortir de l’autre. Pourtant, on ne peut pas dire que tu possèdes vraiment une « entrée » et une « sortie ». Je dirais plutôt que TOUT, en toi, est entrée et sortie : il existe parmi une infinité de possibilités un accès spécifique qui est le mien, la voie par laquelle j’entre dans l’unité sidérale que tu représentes, et par laquelle je ressors, tout pantelant, pour revenir dans le monde trivial et ordinaire des petits jours, ces tout petits jours boutonnés sur le grand calendrier à égale distance les uns des autres.

Hors de toi, tout est laissé au hasard, qui ne parvient à briser la routine que si le destin a décidé, ce jour-là, de faire tomber du ciel une tuile qui m’est destinée.

Hors de toi, Mandala, toute parole que je prononce n’est guère plus que l’écho brisé d’un tumulte intérieur qui me presse à dévider quelque surplus d’angoisse dans l’air autour de moi. En toi, cependant, la parole devient mantra : ton souffle donne à mes déclarations la grandeur transcendante empruntée aux déités supérieures. En toi, l’orateur fait UN avec l’auditeur. L’un et l’autre représentent les deux moitiés d’une entité, aux pôles d’une conversation.

Tu restes, Mandala, l’image d’où provient toutes les images : en toi coexistent toutes les formes et couleurs possibles et impossibles. Tu es un miroir qui fait se replier la fin sur le début, comme si le temps n’existait pas : moi je suis perdu en toi, un simple nœud parmi les nœuds. Et puis ton silence, en se refermant sur le monde, se referme aussi sur moi, en ton centre… Mandala.


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Numéro 23 - suspension de la publication
Sept-Oct-Nov 2010

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