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Thématique
André ChapleauGraffiti Je trace, j’imprime, je signe sur ce mur de papier mon nom et mon âme. Je voudrais ainsi que ce texte ne soit pas un texte vraiment, mais le simple témoignage de mon existence. C’est avec tout mon corps que je forme chacune des lettres : pour les majuscules, je dois me tenir sur la pointe des pieds; pour le point des « i », je saute sur place; pour la barre des « T », je manque de basculer. Je voudrais en fait qu’il ne reste rien d’autre de cet effort qu’une identification. Je, me, moi… C’est tout ce que je cherche à dire. Mais comment le dire pour m’assurer que c’est bien moi qui le dit, et non un autre ? Je l’authentifie, voilà comment ! Je persiste… et je signe ! Ce texte, je le veux de la plus simple expression. Je voudrais le condenser, le réduire tant et si bien qu’il n’en restera qu’une inscription lapidaire, quelque chose comme « voilà ! » ou « c’est ça ! ». Mais je voudrais qu’on puisse comprendre dans ce texte des choses sous-entendues, des messages sous-jacents et des allusions inexprimées. Alors il me faut chercher des mots riches de sens, lourds de signification, des mots qui réfèrent à d’autres mots qui réfèrent à d’autres mots… Cette chaîne de mots sera presque invisible : comme un iceberg, on n’en apercevra que la pointe, qu’un seul mot, tout juste le premier maillon. Considérez ce mot comme un hyperlien, un mot qui s’étale et s’étend sur plusieurs dimensions : ce mot comprend la somme de tous les mots, comme s’il s’étirait d’une part vers le passé, d’autre part vers l’avenir, et par ailleurs vers toutes les autres directions que l’imaginaire est capable d’inventer. Mieux encore, ce mot ne devrait pas même être un mot, mais une seule syllabe. Un mot, c’est déjà trop. Parce qu’on voudrait que le message soit révolutionnaire : il doit briser les règles linguistiques, toutes les conventions dans les codes établis afin de véhiculer son essence véritable. Voilà pourquoi seule une signature suffit à dire : c’est moi qui vous écrit, c’est moi le message. Ma signature, elle ne doit pas même se résumer à mes initiales, mais à un signe qui signifie non seulement mes initiales, mais également tout ce que mes initiales représentent : « je suis comme je suis, moi, celui qui a fait tout ça et bien plus encore, et si toi tu ne comprends pas, tu ne mérites pas de me reconnaître, de savoir que c’est moi qui t’écris ». Voilà ce que ce simple signe dira. Ce sera comme un cri, un cri muet qui luit le jour et se recouvre d’ombre la nuit. Ce texte, ce mot, ce signe sera un objet qui nous unira, toi et moi, parce que nous seuls comprenons de quoi il s’agit vraiment. Pour le reste du monde, il restera un mystère insondable. Pour nous, il aura toute l’importance du monde. Le reste, on s’en fout. Retour |