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Scripta Manent

André Chapleau André Chapleau
Le cercle de l’art et de la vie

Pareille à un mandala, la vie est un cercle dont le centre abrite la part la plus secrète de soi. C’est dans ce cercle qu’on pourra se ressourcer, l’hiver venu, puisant au fond de soi dans les réserves d’énergie vitale résiduelle. Plus l’hiver progresse, plus profondément on doit s’engouffrer en son propre centre, à travers les cercles concentriques qui s’emboîtent, comme des poupées russes, les uns dans les autres. L’identité véritable est toute contenue dans cette dernière poupée, la plus petite de toutes, la seule qui ne soit pas vide... Tout le reste n’est que surfaces et superficies.

L’hiver nous apprend que la vie commence en soi avant de se répandre vers l’extérieur. L’art est semblable à cette vie qui s’ébauche au milieu de soi avant de se manifester hors de soi. Cette dualité donne ainsi naissance aux deux aspects de l’art que sont la démarche et l’œuvre.

L’Œuvre par excellence est celle de la nature, de laquelle découlent toutes formes de création. L’artiste est en quelque sorte un imitateur de la nature qui, en grande prêtresse, ajoute à chaque printemps vie et couleurs au monde. On peut même dire que la nature représente l’ultime work-in-progress : toujours à la fois semblable et différente, son œuvre se modifie avec le temps, mûrit, s’épanouit, puis se disloque jusqu’à se dissiper complètement.

Ce cercle de l’art et de la vie peut aussi nous entraîner dans des sphères plus néfastes, devenant alors une spirale dans laquelle on s’engouffre et on se perd. Il faut se rappeler que cet élan qui va de l’extérieur vers l’intérieur, puis de l’intérieur vers l’extérieur, participe d’un rituel de passage : chaque hiver, on accepte de mourir pour ne renaître qu’au printemps. Ce cycle naturel est en fait le processus par lequel toute chose se renouvelle. Ainsi en est-il de la vie et de l’art : on évoque de cette façon la danse des éléments, la chimie qui commande toutes les lois physiques et par laquelle l’influence cosmique s’étend sur le monde... « Je » est un fragment de l’Univers, une poussière sidérale. C’est ce que nous apprend la combinatoire divine. Je suis un amalgame, une force coagulée qui s’est arrêtée (comme la roulette d’un casino sidéral) à une combinaison précise. J’aurais pu être un arbre ou une pierre. Mais le hasard (ou la nécessité) a décidé que j’allais être peintre, ou sculpteur, ou écrivain, ou cet être dont l’art est élusif, indescriptible, invisible... et qu’on ne peut par conséquent identifier autrement que par ce terme générique : « artiste ».

Bientôt, l’hiver va desserrer sur toutes choses son étau de froid et le gel prendra relâche, juste assez longtemps pour que le soleil jette sur le monde une chaleur qui peu à peu contaminera tout sur son passage. Alors, progressivement, je sortirai de moi-même et m’éveillerai au monde extérieur. Peut-être n’aurais-je rien appris de se passage en mon centre sinon cette seule vérité incontournable : vive le printemps !


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