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Scripta Manent

André Chapleau André Chapleau
Altérité

La notion de « l’Autre » peut être examinée sous différents angles. Depuis que l’humain réfléchit à sa condition, il n’a cessé d’examiner la question de « l’autre » en rapport avec « soi ». Aussi, les philosophes, écrivains, poètes et artistes ont poursuivi cette quête qui les poussent à chercher à définir cet autre, notamment dans ce rapport sujet/objet (objectivité et subjectivité) qui conditionne le rapport qu’on entretient avec tout ce qui n’est pas soi-même. C’est surtout à partir de Descartes qui, en cherchant à déterminer les bases du raisonnement logique, a formulé son célèbre «Je pense, donc je suis», que la question de l’altérité est devenue un des sujets de prédilection des philosophes.

Lorsque Rimbaud, dans une lettre à Paul Demeny, écrit «Je est un autre», il s’extirpe lui-même du processus de création, confessant ce que Maurice Blanchot nomme « l’Impouvoir », c’est-à-dire qu’il avoue n’être en fait qu’un spectateur de sa propre création artistique. Cette réflexion fait écho à la position de Freud, qui voit dans l’autre un élément essentiel au processus du désir, un objet qui reste à jamais « inconnaissable ». Depuis la psychanalyse, c’est chose convenue d’ailleurs de dire, en psychologie de l’enfance, que l’être humain ne prend conscience de soi-même que lorsque l’objet de son désir (le sein de la mère) est séparé de lui.

Pour Sartre, la question de l’autre est intimement liée à la réalité sociale : « Autrui, c’est l’autre, c’est-à-dire ce moi (ego) qui n’est pas moi (alter). » Pour l’existentialiste français, le soi est conditionné par l’autre, c’est-à-dire que seuls les autres peuvent dire vraiment qui nous sommes. Et c’est justement cette définition de soi par les autres qu’il déplore comme une lourdeur sociale, et qui lui fait dire dans Huis clos : « L’enfer, c’est les autres. »

J’ai beau essayer de faire le tour de la question de l’altérité, je bute sans cesse à ma propre perception : ce que je perçois de l’autre, c’est ce qui diffère de moi. Lorsque je me reconnais chez l’autre, ce n’est déjà plus l’autre que je regarde, mais cette partie réfléchissante de l’autre par laquelle je peux me voir. L’autre, c’est ce miroir dans lequel je ne me reconnais pas.


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