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Scripta Manent
André ChapleauL’art du graffiti Faire l’historique exhaustif du graffiti serait trop long pour faire l’objet d’un texte dans ce bulletin. Il ne resterait plus de place, dans ces lignes, pour la réflexion, ce qui est davantage l’objet de cette chronique. Je me bornerai donc à en dresser, dans les grandes lignes, un portrait sommaire. Le graffiti n’a pas d’âge. On ne connaît pas vraiment sa première occurrence parce qu’on ne sait trop interpréter les fresques préhistoriques pour les relier au phénomène graffitiste. Néanmoins, on pourrait peut-être parlé de graffitis en se considérant certaines inscriptions retrouvées à Pompéi. Si toutefois on ne peut guère trouver d’autres exemples aussi anciens, c’est justement que de telles inscriptions ne résistent malheureusement pas à l’usure du temps et que des conditions normales de conservation ne permettent pas de retrouver, sur la pierre d’une pyramide, « César love Cléopâtre ». Bien plus près de nous, c’est dans les années 60 qu’on retrouve des inscriptions urbaines qui en viendront à prendre une ampleur telle qu’elles donneront naissance à un véritable mouvement « révolutionnaire ». Le but de ces graffitis est de nature multiple : informer grâce à des codes secrets, protester, choquer, profaner, émettre des opinions politiques, sociales, philosophiques, personnelles… Faites votre choix. Le phénomène s’est d’abord répandu à New York et s’étend bientôt dans toutes les grandes villes d’Occident. Pratique extrêmement « codée » parmi ses adeptes, le graffiti se transforme au fil du temps selon les modes et courants sociaux, demeurant toutefois l’apanage d’une subculture relativement marginalisée. Dans sa forme la plus épurée, il n’est guère plus qu’une signature, ou « tag », que seuls quelques initiés parviennent à déchiffrer vraiment. Considéré d’une part comme un cri justifié, une libre manifestation de la contre-culture, et d’autre part comme un acte de vandalisme urbain, le graffiti n’est regardé par certains comme un objet d’art qu’à partir des années 70 et 80. Forme artistique contestée par plusieurs, le graffiti n’acquiert ses lettres de noblesse que récemment, alors que certains graffeurs ont délaissé les murs pour les toiles, exposant aujourd’hui, en plein jour et en toute impunité, leurs œuvres en galeries plutôt que sous le couvert de la nuit. Pour d’autres, le graffiti reste une nuisance à laquelle il faut s’attaquer à tout prix. En cela, il demeure un art extrêmement controversé. Au-delà des considérations artistiques et esthétiques, le graffiti participe de la mémoire collective : il donne la parole à ceux et celles qui osent laisser leur marque au péril de se faire prendre ou de se casser la gueule, selon l’accessibilité de leur support de prédilection. À tout le moins, il permet à tout le monde d’exposer son « œuvre », de laisser voir sa marque, son signe, son mot d’humour ou sa tirade improvisée, sans bénéficier d’autre tribune que les murs de la Cité. Il n’est pas toujours intelligent, pas toujours dérisoire : il se fait l’écho de son temps. Retour |