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Art de vivre
Lynn DolenL’art pour apprivoiser le bonheur « En art comme en amour, l’instinct suffit ». Anatole France, écrivain français, 1844-1924. Dans le brouhaha du quotidien, il est facile d’oublier que le bonheur – cliché ultime mais Ô combien réel – existe dans les petites choses. Les contraintes professionnelles, les obligations familiales, les bulletins d’information et la fatigue accumulée sont autant de raisons qui nous empêchent de savourer le moment présent tout en étant nous-même, tout simplement. Susan, que j’ai rencontrée en septembre dernier, a vécu une expérience l’obligeant à plonger en elle-même à un point tel qu’elle a, pendant quelques temps, perdu confiance en elle et en la vie. « La dernière chose dont je me souviens, c’est d’avoir souhaité une bonne année 1997 à mon frère et sa famille avant de retourner chez moi. Je devais les retrouver le lendemain pour le souper du premier de l’An, mais j’ignorais que je vivais les derniers moments de ma vie telle que je la connaissais », explique Susan. Le 1er janvier, la famille de Susan, inquiète de son silence, la trouvait inconsciente dans son appartement. Un accident cardiovasculaire (ACV) venait de transformer son existence. Heureusement, sa passion pour la peinture et sa capacité à vivre dans le présent lui ont permis d’explorer des facettes d’elle-même dont elle ignorait l’existence. Grâce aux pinceaux et aux couleurs, elle a appris à se redécouvrir et, surtout à réinventer sa vie. Différente certes, mais toujours aussi complète et riche. Les premières années subséquentes à son accident ont été marquées par les deuils et la colère qui souvent les accompagnent. Susan est retournée chez elle après six mois d’hospitalisation. Après un peu plus de deux années de réhabilitation, les médecins et thérapeutes sont immuables : la carrière professionnelle de Susan était terminée et elle ne pourrait plus jamais être totalement autonome. « Je n’étais pas bouleversée, j’étais atterrée. Je me sentais démunie et j’étais incapable d’imaginer ma vie sans travailler. Ma carrière n’était pas celle dont j’avais toujours rêvé, mais je gagnais bien ma vie et chaque nouvel emploi m’amenait un peu plus haut dans la hiérarchie du travail de bureau. J’étais une excellente secrétaire et j’en étais fière. Ma vie amoureuse, elle, ne ressemblait peut-être pas aux contes de fée de mon enfance, mais j’étais une célibataire indépendante, capable de prendre soin d’elle-même. Là, tout ça était terminé. C’était comme si j’avais perdu mon identité en même temps que ma mémoire à court terme et ma coordination. Lorsqu’on m’a retiré mon permis de conduire, quelque chose s’est brisé en moi et, par la suite, j’ai dû faire face à un état dépressif », se rappelle-t-elle. Il n’y a toutefois pas d’amertume dans sa voix, puisqu’elle a maintenant fait la paix avec toutes les étapes qui lui ont permis d’être aujourd’hui la femme lumineuse qui est devant moi. « J’ai une tête de cochon ! Certaines personnes plus polies appellent ça de la persévérance… Une chose est sûre, j’étais déterminée à retrouver un jour une qualité de vie satisfaisante. Finalement, c’est encore mieux que je l’avais imaginé puisque dix ans après mon accident, je peux enfin affirmer que je suis heureuse ! Combien de personne peuvent en dire autant ? » ricane-t-elle. La détermination a permis à Susan de retrouver la fluidité de ses mots et de ses gestes. La volonté et le travail l’ont amené à retrouver l’usage normal de ses jambes et sa « tête de cochon » l’a aidée à passer, haut la main, les examens de la Société de l’assurance automobile du Québec. Depuis janvier dernier, Susan a repris la route. Retour |