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Les taches noires
André ChapleauChapitre VI « Une minute, j’arrive… » Il parvint à tâtons jusqu’à l’entrée puis alluma. En ouvrant la porte, ses yeux éblouis durent pendant un instant s’habituer à la lumière avant de pouvoir reconnaître le visage affolé de Madame S. « Mais qu’est-ce que… », commença-t-il. – Il fallait que je parle à quelqu’un, lança-t-elle d’emblée. Il la fit asseoir au salon et s’éclipsa le temps de préparer du café. Une fois calmée, elle lui raconta toute son histoire en détail. Alors que Madame S. s’apprêtait à fermer les portes de la galerie pour la journée, quatre individus entrèrent et lui demandèrent de verrouiller comme d’habitude. Ils l’interrogèrent ensuite, puis voulurent visiter la pièce qui lui servait à entreposer les tableaux qui ne figuraient pas dans la présente exposition et se mirent à fouiller partout, enlevant les tissus protecteurs, écartant sans ménagement les toiles qui ne les intéressaient pas et continuant ainsi pendant de longues minutes à tout saccager. Elle eut beau protester, ils ne voulurent rien entendre. Un des hommes, probablement le chef de la bande, lui ordonna de s’asseoir et de se tenir tranquille. Puis il demanda à Madame S. de lui dire où il pourrait trouver quelque chose à boire. Elle lui indiqua l’emplacement du bar et il se servit sans demander la permission. Après quelque temps, un des hommes vint dire quelque chose qu’elle ne comprit pas à l’oreille de son chef avant de se remettre à chercher. Le chef s’approcha d’elle et se glissa dans un fauteuil en face du sien. « Madame, commença-t-il. Vous avez bien quelques Schreder entassé quelque part, non ? Où sont-ils ? » – Schreder… ? Vous voulez dire le peintre ? demanda-t-elle candidement. Elle le conduisit dans un petit réduit où elle gardait quelques tableaux, dessins et lithographies. En bonne maîtresse des lieux, elle en retira tout de suite deux toiles de taille moyenne ainsi qu’une autre de plus petite dimension. « C’est tout ce que j’ai », lança-t-elle en lui remettant les tableaux. Il les observa un moment, ramassa le tout et fit signe à ses hommes de le suivre. Avant de quitter, le chef lança un drôle de regard à Madame S. qu’elle ne comprit pas tout de suite. Un regard brillant auquel son sourire donnait une inquiétante tonalité. Puis il posa son doigt ganté sur ses lèvres et tourna les talons. – Quelle histoire, fit l’homme. Mais il fallait appeler la police ! L’homme se rappela soudainement le message qu’il avait reçu deux jours auparavant. Un sentiment de panique s’empara de lui. « Tu as raison. Il ne faut en parler à personne. Il faut partir tout de suite. C’est dangereux de rester ici. » – Que veux-tu dire ? L’homme se doutait bien qu’il n’allait pouvoir respecter sa promesse. « Demain, se dit-il. Je serai peut-être mort. » Il n’avait pas tort. Retour |