Boîte à outils
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Les taches noires

André Chapleau André Chapleau
Chapitre VII

Schreder mit plusieurs jours avant de retourner à son atelier. Le lendemain de l’agression, il essaya de s’imaginer pour quelle raison quelqu’un avait pu venir chez lui pour voler une toile dont la peinture avait tout juste eu le temps de sécher. Et puis ce n’est pas tout à fait dans la manière des amateurs d’art… Il avait bien sûr entendu parler du recel d’œuvres d’art, mais pourquoi s’intéresser à lui ? Ses tableaux avaient une certaine valeur marchande, mais pas à ce point !

Il passa la journée à tenter de s’expliquer l’incident sans pouvoir parvenir à la moindre conclusion.

Le soir arriva sur la pointe des pieds et la nuit se présenta sans être invitée. Il eut du mal à s’endormir. L’inactivité du jour et les aventures de la veille contribuèrent largement à son insomnie. La lumière de la lune faisait danser dans les arbres d’étranges reflets qui se disputaient les ombres de sa chambre. L’horloge d’un voisin sonna deux coups et quelque part au loin, une sirène chanta de mauvaises nouvelles. À des kilomètres de là, personne n’entendit le cri étouffé d’un homme qui expirait dans son sommeil. Beaucoup plus près, dans un quartier aisé de la même ville, un autre était sur le point de connaître la mort qu’on lui avait annoncée quelque temps auparavant. Cette mort, il l’attendait tant et si bien que lorsqu’elle se présenta dans un frisson, il en fût presque soulagé. Il s’éteignit sans savoir qui ce qui le frappa. Mais pour lui, ça n’avait déjà plus d’importance. Il avait cessé de jouer un rôle mineur de pion dans une partie dont il n’avait jamais connu les enjeux. Un des joueurs pensait déjà à son prochain coup alors que le pion tombait dans le silence de la nuit.

Au matin, Schreder se sentit plus reposé que sa mauvaise nuit aurait pu laisser présumer. Une première tasse de café acheva de le réveiller et il envisageait même de reprendre le travail dès le jour même quand le téléphone sonna. C’était une mauvaise nouvelle.

– Hans ? demanda la voix à l’autre bout de fil.
– Oui, répondit-il. Qui est-ce ?
– Sofia, fit la voix. Sofia Santi…
– Sofia ! commença Schreder, que me vaut…
– C’est Philippe…
– Philippe ? Non, je ne connais pas de…
– Mais oui. Je t’en ai souvent parlé. Tu sais : l’amateur d’art… Mon Philippe !
– Ah oui… Je me souviens. Comment va-t-il ?
– Il est mort, dit-elle.
– Oh ! Je suis désolé, mais…
– Je crois qu’il est mort à cause d’un tableau… Un de tes tableaux ! On peut se voir ?
– Oui, répondit Hans. Bien sûr… Où ?
– À la galerie. Je t’attends ?
– J’arrive tout de suite.

Il raccrocha. En avalant le reste du café, il se demanda de quelle toile il s’agissait. D’un seul coup, il eut très peur de connaître la réponse.


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