Boîte à outils
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Les taches noires

André Chapleau André Chapleau
Chapitre IX

La galerie occupait le sous-sol d’un de ces vieux édifices de pierre qui semblaient se fondre les uns dans les autres, formant une masse uniforme sur laquelle perçaient d’antiques portes décorées de vitraux ternis par les ans. La petite rue pentue était peu passante et s’enfonçait dans l’ombre d’un parc minuscule qu’encadraient d’anciens bâtiments commerciaux. Ces derniers s’élevaient tels des gardiens séniles penchés au-dessus de quelques arbres qui semblaient pousser à même la pierre des immeubles. La porte s’ouvrit dans un tintement de clochettes et Madame S. accueillit Schreder chaleureusement, avec un sourire ambivalent qui disait sa joie de le revoir tout comme la tristesse des circonstances. Ses traits s’assombrirent aussitôt.

– Sofia… Je suis désolé pour Philippe, commença le vieil homme. Je ne sais quoi dire…
– Les mots ne changeront rien, répondit Madame S. Mais je veux savoir tout de même pourquoi… Je ne saurais l’expliquer, mais je crois que Philippe craignait quelque chose. Et puis j’ai eu cette visite…

Madame S. raconta à Schreder l’irruption des malfaiteurs à la galerie. Lorsqu’elle lui apprit ce qu’étaient venu chercher les hommes, le vieil homme devint livide. Madame S. le fit asseoir dans un fauteuil et lui servit quelque chose à boire. « J’ai moi aussi une mésaventure à raconter », fit Schreder, après avoir repris quelques couleurs. Il lui relata son emploi du temps des derniers jours et les yeux de la femme s’arrondirent d’étonnement quand il en arriva à l’épisode d’agression.

– La toile, fit Madame S. Je l’ai vue !
– Comment ? Mais c’est impossible… !
– C’est moi qui ai trouvé le corps, lui avoua Sofia. J’ai demandé au concierge de prévenir la police. Je n’ai pas eu le courage de la faire moi-même… Je t’ai appelé aussitôt. La toile était là, près du cadavre.
– Mais qu’est-ce que ça veut dire… s’étonna Schreder.
– Mais tu ne comprends donc pas ? lança Madame S. C’était lui ! La toile, c’est Philippe qu’elle représente !

Schreder lui jeta un regard incrédule avant de prendre son verre et de le vider d’un seul trait. Un intense questionnement pouvait se lire sur son visage et aucune réponse ne venait chasser l’expression de détresse qui s’y était figée. Madame S. lui remplit son verre et alors qu’il vida celui-ci, Schreder se demanda comment il avait pu peindre un type qu’il n’avait jamais vu et comment il avait pu représenter un mort… avant même qu’il ne meure.
La sonnerie du téléphone vint interrompre sa réflexion. Madame S. se leva, décrocha le combiné puis engagea une courte conversation monosyllabique.

– C’est la police, dit-elle après avoir raccroché. Ils veulent me voir. Ils m’ont posé des questions à ton sujet. Je leur ai dit que tu étais avec moi… Ils nous attendent.

Alors qu’ils s’apprêtaient tous les deux à sortir, la sonnerie du téléphone se fit entendre encore une fois.

– Allô… ? fit Madame S. en décrochant.
– …
– Allô… ? répéta-t-elle. Qui est là ?
Comme il n’y avait toujours pas de réponse, elle allait raccrocher lorsqu’elle entendit de la musique en sourdine. Un air qui lui disait vaguement quelque chose…  
– Allô… ? dit-elle encore un fois. La musique s’arrêta. Elle perçut un déclic, puis la tonalité se fit entendre. Elle raccrocha.
– Probablement un faux numéro, dit-elle au vieil homme avant de prendre son sac. Allons-y… l


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