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Auteur : André Chapleau
L’auteur illustre, sur un ton généralement personnel et intimiste, le thème de chaque numéro dans un texte à la fois poétique et philosophique.
19 chroniques
Le passage
L’Art, comme la vie, est affaire de transition. J’étais ici, je m’en vais là : je suis dans un lieu transitoire à la frontière des mondes, un espace qui n’est plus tout à fait ici, pas encore là… Lorsque je suis en ce lieu de passage, je m’étonne de ce qui a changé : entre le jour et le soir comme entre l’été et l’automne, l’univers s’est renversé. (...)
Indigo
L’Indigo est un feutre coiffant la fin du jour. La nuit s’en pare jusqu’à l’arrivée des ocres au petit matin. Et il faudra attendre le soir suivant pour revoir l’habit feutré de l’Indigo épingler d’étoiles les noctambules.
Mandala
Mandala. En toi, je suis la clef de voûte du monde : tu symbolises la vie avec moi pour centre parfait. Je peux entendre ton silence recouvrir les bruits de l’Univers. Ou alors c’est l’Univers lui-même qui s’est fait Mandala: moi, je ne suis qu’un de tes nœuds, à la rencontre de l’abscisse intérieure et de l’ordonnée cosmique.
Le langage du corps
Si notre esprit appartient davantage à la culture qu’à la nature, il en est tout autrement du corps : même si notre tête est celle d’un être civilisé, socialisé, sophistiqué, notre enveloppe corporelle est toujours celle d’un animal. Aussi, une fois le printemps venu, l’éveil du corps conditionne l’éveil de l’esprit. C’est le corps qui traduit l’influence du soleil dans le langage de l’humeur. (...)
Pyjama
Lorsque je cherche à me couper du monde, à marquer une rupture d’avec le reste du jour, j’enfile mon pyjama. Vous me direz que c’est pour le confort, et je vous répondrai oui, bien sûr, pour le confort, mais encore davantage pour le côté psychologique : en pyjama, il me semble que rien de mal ne peut vraiment m’arriver. Il y a quelque chose de réconfortant à être ainsi vêtu. (...)
L’Autre
L’objet de mon art, c’est moi-même. C’est-à-dire que même lorsque mon sujet est abstrait, ou même lorsque, dans le cas opposé, je peins un paysage, un nu, un portrait ou une nature morte, je ne fais en vérité que des autoportraits. Ces traits, ils me représentent justement parce qu’ils me sont étrangers. (...)
La chance
L’univers est comparable à une machinerie complexe qui fait de chaque être un rouage particulier dont il ignore le rôle exact. Suis-je satisfait de cette fonction précise ? Cela dépend. Suis-je du genre à me contenter de peu ou bien, au contraire, du genre de celui qui lui manque toujours quelque chose pour être heureux ? (...)
Masques
Nous portons tous des masques. Lors de chacun de nos rapports professionnels, sociaux, amicaux ou intimes, nous enfilons en vitesse le masque qui correspond le mieux à ce que l’autre attend de nous. Ce visage nous ressemble plus ou moins selon qu’il s’éloigne ou se rapproche de notre véritable personnalité. Mais gare à celui ou celle qui oublie d’enlever son masque le soir (ou le jour) venu ! (...)
Euh...
L’hésitation, c’est… comment dire… euh… Une chose indicible. Un moment d’aphonie qui suit l’intention de dire. Lorsque je dis « euh », je veux dire autre chose. Je veux employer le bon mot, mais il m’échappe. Je ne désespère pas, cependant : cette expression précise, ce mot juste, ce terme exact est sur le bout de ma langue. Si seulement mes neurones pouvaient se dépêcher un peu… Je sens que ça vient : euh… Zut ! (...)
Graffiti
Je trace, j’imprime, je signe sur ce mur de papier mon nom et mon âme. Je voudrais ainsi que ce texte ne soit pas un texte vraiment, mais le simple témoignage de mon existence. C’est avec tout mon corps que je forme chacune des lettres : pour les majuscules, je dois me tenir sur la pointe des pieds; pour le point des «i», je saute sur place; pour la barre des «T», je manque de basculer. (...)
Numéro 23 - suspension de la publication Sept-Oct-Nov 2010
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