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L’art, c’est pour qui ?

L’art, c’est pour qui ? Bonne question me direz-vous ! Pour ce qui me concerne, lorsque je crée, c’est d’abord pour moi. D’ailleurs plus je me fais plaisir, plus mes œuvres semblent intéresser; est-ce à dire que pour plaire aux autres il faut d’abord que nos œuvres nous plaisent ? Sûrement. On dit que lorsqu’on est en amour avec quelqu’un c’est surtout parce qu’il ou elle est un reflet de nous même. Or lorsqu’on réalise une création, par amour, on y met de nous même, pas étonnant alors qu’elle nous plaise. Je force l’analogie en ajoutant qu’une personne aimée est plus attirante pour les autres, comme une œuvre réalisée avec amour. Analogie un peu capillotractée (c. à d. tirée par les cheveux) ? Peut être, mais elle me permet d’illustrer mon point.


Alors, je repose la question, « L’art, c’est pour qui ? » En fait la réponse est variable dans le temps; au tout début c’est pour l’artiste, après c’est pour celui qui le contemple mais à terme c’est pour celui qui l’achète. Je vous vois venir… non, je ne crée pas pour vendre, je vends pour créer. Pour moi la vente d’une œuvre est une marque incontestable d’appréciation.

Si l’art c’est en final pour l’acheteur, alors comment faire pour inciter les gens à en acquérir davantage, en particulier en période économique difficile ? Il existe pourtant une piste : toute entreprise qui achète une œuvre d'art admissible (200 $ et plus, réalisée par un artiste canadien…) peut déduire pour amortissement 10 % du coût d'acquisition la première année et 20 % du solde résiduel pour les exercices suivants. Au Québec le taux est de 33 1/3 %. Pour peu qu’elles payent de l’impôt (hmmm !), les entreprises refilent alors, en quelques années seulement, une bonne part du coût d’achat au gouvernement !

Chères consœurs, chers confrères, vous connaissez sûrement des entrepreneurs qui seraient volontiers intéressés à acquérir des œuvres d’art pour d’abord se faire plaisir, mais aussi pour ajouter à leur prestige en exposant des œuvres originales sur les lieux fréquentés par leurs clients et relations d’affaires, encore mieux s’ils connaissent l’artiste. J’ai fait mon petit sondage, de fortune (heh heh !), et constaté que la grande majorité des entrepreneurs que j’ai consultés ignoraient cette disposition fiscale. Je disais que je vendais pour créer, mais je cherche aussi à faciliter la vente, pour continuer de créer. Voilà une mesure peu connue que tout artiste devrait claironner auprès des gens d’affaires de son entourage. Pour des entrepreneurs intéressés mais qui n’ont pas la liquidité, vous pouvez même étaler le paiement de vos œuvres selon les montants annuels d’amortissement, si vous avez un lien de confiance avec votre acheteur. Ainsi, l’art sera un peu pour le gouvernement aussi !

Özgen Eryaşa, sculpteur sur pierre




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Numéro 23 - suspension de la publication
Sept-Oct-Nov 2010

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