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La beauté - thématique du bulletin de mars 2010
Que n'a-t-on pas dit sur la beauté ? Sur son rôle dans l'art ? Sur l'esthétique ? Rien. Alors si tout a été dit, pourquoi tenter d'en rajouter ? Hum. Bonne question. La seule réponse qui me vient en tête est celle-ci : oui, tout a été dit, mais peu de choses ont été faites. Si l'on s'entend, du côté de l'art contemporain, pour dire que l'art n'est pas nécessairement une affaire de beauté, on reste confronté néanmoins au même problème lorsqu'on observe la production d'un bon nombre d'artistes : plus souvent qu'autrement, l'objectif du créateur reste de faire du « beau », se gardant de la laideur comme de l'échec, se cantonnant dans l'espace restreint d'une convention séculaire de la beauté. Si l'on s'entend pour dire que la beauté est dans l'œil de celui qui regarde, l'œil contemporain n'a pas développé suffisamment cette habileté de voir de la beauté hors de la marge des conventions esthétiques courantes. Autrement dit : puisque le grand public – et avec lui beaucoup d'artistes amateurs et professionnels – ne sait pas encore apprécier les œuvres d'art qui s'écartent des canons de la beauté, une majorité d'artistes se confinent par conséquent au territoire connu de ladite beauté. Toutefois, dès qu'on sort de l'art et de la représentation, la beauté est davantage consensuelle : on s'extasie devant la beauté d'une nature (qui peut trouver laid un coucher de soleil, un paysage embrumé, un chaton qui dort... ?) comme devant celle d'un visage dont les traits réguliers et les caractéristiques préétablies (finesse, éclat des yeux, dessin des lèvres, lisseur de la peau, etc.) plaisent d'emblée au regard. Mais même ici, les standards de la beauté varient selon l'époque, la culture et les préférences personnelles. Dès que l'on parle de la beauté du corps humain ou de celle de l'âme, on observe une certaine (et relative) élasticité du concept de la beauté selon la nature de l'observateur, son expérience, sa façon d'interpréter les signes de la beauté, les qualités qu'il privilégie et autres associations et modèles préconçus. Si je me reconnais dans le visage d'untel, si je m'identifie à ce qu'il exprime, je lui trouverai de la profondeur; si je ne m'y retrouve pas, je le jugerai superficiel. Et que dire des idées ? Là aussi, la beauté est subjective. Pour un érudit, un concept philosophique, une image poétique, voire une équation mathématique peuvent susciter le ravissement, alors que le profane n'y discernera qu'une suite inintéressante de mots, de chiffres et de symboles. Qu'elle soit plastique, classique, régulière, la beauté séduit, ensorcelle, charme et subjugue celui qui sait la reconnaître dans les signes courants de la vie. La beauté d'un geste ou d'un sacrifice suscite l'admiration; celle d'un moment marque l'esprit et s'y inscrit à jamais. La beauté que rien n'égale finit par se flétrir, la fatale nous fait craquer et celle du diable est dangereuse. On peut être en beauté, se faire ou se refaire une beauté et ne rien y enlever. Mais quoi qu'on fasse, il est important, voire essentiel... de finir en beauté. André Chapleau Retour |