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Jeff Watson : Force de la nature
La nature est omniprésente dans l’œuvre du sculpteur Jeff Watson, même si elle n’y est pas directement représentée. Ça peut sembler curieux de parler de l’influence de la nature dans l’œuvre d’un artiste qui ne fait pas dans le figuratif. Pourtant, l’œuvre de ce Montérégien d’adoption regorge de formes et de dessins qui doivent davantage aux patterns de la nature qu’à l’influence directe des sculpteurs classiques ou contemporains. « Bien sûr, j’ai été marqué par l’œuvre de Barbara Hepworth et, dans une plus faible mesure, par celle d’Henry Moore, mais je n’ai pas vraiment été influencé par leurs sculptures. C’est plutôt la nature qui est mon véritable maître. Comme elle l’a été pour Hepworth et Moore ». En effet, on remarque tout de suite dans ses sculptures quelque chose d’organique, une chaleur qui transparaît même dans les matériaux les plus froids. Le vivant, ici, domine dans sa fibre microscopique. La nature n’est pas thématisée : elle est au cœur du langage esthétique, comme si la sculpture de Watson était façonnée au même titre que le paysage. « J’ai beaucoup observé la nature, et c’est d’abord et avant tout de cette pratique de l’observation que procède ma pratique artistique. » Il faut savoir que Jeff Watson a d’abord étudié les sciences naturelles avant d’en venir aux arts visuels. Né en Angleterre, il a été, selon ses propres mots, « poussé vers la science » alors qu’il s’intéressait déjà à l’art : « mes parents étaient assez pauvres et souhaitaient que je puisse bien gagner ma vie. Je n’avais rien contre ça… » Géologue et écologiste de formation, Jeff Watson est tour à tour chercheur scientifique, environnementaliste, directeur des communications pour le gouvernement fédéral avant de devenir environnementaliste consultant dans une carrière internationale qui le mène bientôt au Canada. C’est alors qu’il habite la Nouvelle-Écosse, en 1989, qu’il prend des cours de sculpture sur pierre. Il poursuivra sa formation à Ottawa de 1993 à 2000, alternant la sculpture et la joaillerie, activité qu’il commence à pratiquer lorsque son travail de consultation et ses responsabilités de père monoparental le lui permettent. « Je n’ai pas réalisé plus de sept ou huit sculptures entre 1989 et 1994 », précise Watson sur cette période d’apprentissage. Ce n’est qu’une fois déménagé à Montréal, au printemps 2005, qu’il commence véritablement à se consacrer à son œuvre. En 2006, il travaille dans l’atelier du sculpteur Jacques Bénard avant de s’installer à Longueuil à la fin de l’année. C’est là que démarre sa carrière de sculpteur professionnel. Ces deux dernières années ont été des plus prolifiques pour Jeff Watson : il a participé à plus d’une douzaine d’expositions et concours, au terme desquels il récolte deux premiers prix, et s’est impliqué auprès de différentes associations, dont le Regroupement des artistes en arts visuels du Québec (RAAV), l’Association des sculpteurs sur pierre de la Montérégie et le Cercle des artistes peintres et sculpteurs du Québec. Bien que se consacrant désormais à plein temps à la sculpture, Jeff Watson n’a pas délaissé pour autant sa démarche en joaillerie. Il entreprend même une approche que allie l’une à l’autre. Avec son projet « Quand le bijou devient sculpture », il intègre également à la sculpture l’estampe et la photographie numérique, présentant d’une part des œuvres sculpturales pareilles à de grands bijoux, d’autre part des textures tirées de la nature qui renvoient à celles de ses sculptures. « Lorsqu’on est sculpteur, on fait rarement des expositions solo. On est souvent jumelé à un peintre, sans toutefois l’avoir choisi soi-même. En présentant mes sculptures avec mes propres œuvres picturales, j’aurai ainsi la possibilité de faire une exposition duo avec moi-même… » Jeff devrait participer au Festival des Métiers et Traditions de Longueuil pour une deuxième année consécutive. Il sera également de nouveau du Symposium d’Art du haut Richelieu, en juillet prochain. « J’aime bien travailler devant public : montrer aux gens les techniques de sculpture, répondre aux questions, expliquer les gestes et la façon de faire, discuter, ça me plaît beaucoup. » Au point de vouloir éventuellement enseigner la sculpture ? « Non. Ça prend trop de temps. Je préfère me consacrer entièrement à la création. » Lorsqu’on l’interroge sur son approche personnelle de la sculpture, on apprend qu’il accorde une grande part à l’improvisation : « J’aime suivre la forme de la pierre, jouer avec son côté brut, travailler avec les veines et les imperfections comme si je me laissais inspirer par la matière elle-même ». Ses matériaux de prédilection ? La pierre dure, surtout le marbre, dont il apprécie les caractéristiques ainsi que la noblesse. Quant au traitement, il préfère aujourd’hui travailler avec les textures plutôt que laisser la pierre lisse. « Je me laisse inspirer par la nature, autant par les éléments géologiques que par les squelettes d’animaux, les ossements… Il n’y rien comme la nature pour nous apprendre la simplicité des formes… » Le plus beau compliment qu’on pourrait lui faire ? Ce serait de lui dire qu’on a découvert, en explorant la nature, une formation qui rappelle ses sculptures. Quand la nature imite l’art… Jeff Watson est très clair sur l’apport de sa formation d’environnementaliste dans sa sculpture : « Je ne suis pas activiste de l’art, d’ailleurs je n’ai jamais été un manifestant écologiste. Aussi, je n’ai pas de mission en créant… Même si je souhaite rendre compte, à ma manière, de l’œuvre de la nature sur les éléments. C’est une forme d’hommage, en quelque sorte… » Ce qui l’attend pour la prochaine année ? « Beaucoup de choses… ! » En plus d’une exposition à la Cube Gallery à Ottawa en juin et au Vieux Presbytère de Longueuil en septembre, on pourra voir quelques-unes de ses œuvres à la Galerie Avenue Art, dans le Vieux Montréal. « Et puis je devrais retourner au Bain Mathieu, qui a été une très belle expérience, qui nous a donné également très bonne presse… » Pour plus de détails sur les expositions à venir de Jeff Watson, je vous invite à consulter son site Internet au www.sculpturejeffwatson.com. Si, au détour d’un symposium, vous rencontrez Jeff Watson, n’hésitez pas à lui parler français. « Les gens sont surpris de voir un anglophone qui insiste pour parler français en tout temps… Pour moi, c’est important. Je ne suis pas venu habiter dans une région francophone pour continuer à parler anglais. » Il s’y était d’ailleurs bien préparé : « Depuis très longtemps j’avais l’habitude de prendre mes vacances en français, soit en France ou au Québec, où je m’assurais d’ailleurs d’être obligé de parler français, en allant par exemple dans des lieux francophones du Saguenay et de la Gaspésie. Si l’on ne pratique jamais une langue, on ne l’apprendra jamais… » En terminant l’entrevue, alors qu’il me faisait voir quelques-unes de ses sculptures, je lui ai demandé pourquoi le surnom de « Guv », duquel il signe ses œuvres. Il a souri et m’a répondu : « c’est un nom qui me vient de mon fils… Guv, c’est comme le gouverneur. Lorsque je lui demandais de faire une chose, il me répondait : Oui Guv… Et puis c’est resté… » En lui serrant la main, avant de remonter sur mon vélo, je me suis dit que ça lui allait bien, ce surnom. Cet alchimiste de la pierre ne gouverne pas les hommes, mais les éléments : comme l’usure du temps qui sculpte le monde, Jeff Watson a hérité de la nature cette force qui dicte à la matière son rêve en devenir. Retour ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]()
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