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La mouvance de l'âme
Véritable pantomime de lumière, l'œuvre de Lyette Archambault met en scène des personnages imaginaires plus vrais que nature. Aussi éloignées du réalisme photographique que de la déconstruction cubiste des formes, les figures qu'elle peint sont animées d'un élan intérieur qui reflète davantage la mouvance de l'âme que la réalité visible des choses. Le regard révèle ici la nature cachée des gens, préférant à l'étude superficielle des contours l'essence même de la personnalité. Derrière le masque social se trouve la flamme intime qui illumine le corps et le visage d'une vérité soulevée par l'élan du pinceau. Lyette Archambault s'intéresse au théâtre depuis toujours. « Enfant, je me faisais déjà des petites mises en scène. C'est pourquoi j'ai voulu continuer à développer cette passion à travers des études et une pratique du théâtre; c'est pourquoi j'y ai également consacré toute ma vie professionnelle. » Son approche de la peinture s'est donc trouvée tout naturellement contaminée par l'influence théâtrale. « Les personnages que je peins racontent tous une histoire. Pas dans leurs gestes, mais dans la lumière qui les habille. » Même lorsqu’elle dessine à l'aveugle à partir de modèles vivants, utilisant alors le pastel sec plutôt que l'acrylique, ce sont toujours des êtres imaginaires qui apparaissent sur la feuille. « Je me laisse guider par la ligne pour laisser vivre l'âme de ces personnages. » Quant à elle, sa peinture ne s'inscrit pas davantage dans une démarche analytique des formes, des masses et des couleurs, ni dans une succession d'études ou d'esquisses, mais au contraire dans la simple émergence du ressentir. « Je ne connais jamais à l'avance le visage qui naît sur la toile. Je vais suivre tout simplement mon pinceau et laisser apparaître les formes et les couleurs qui viennent toutes seules. » Native de Montréal, Lyette Archambault a commencé la peinture en autodidacte avant de perfectionner son style dans différents cours et ateliers. En 2004, elle choisit de se consacrer à son art à plein temps et perfectionne son approche au fil des rencontres avec ses professeurs. « J'ai d'abord exploré des thématiques végétales avant d'en venir tout naturellement aux personnages. Je n'ai jamais résisté à ce qui émergeait spontanément. Encore aujourd'hui, je continue d'écouter mon cœur et je fais ce qui m'apparaît venir du fond de moi. » C'est en suivant les conseils de ses professeurs qu'elle décide de faire confiance à ce qui vient plutôt que de brusquer les choses. « Dans l'Atelier du geste, Robert Dubuc m'a fait comprendre l'importance d'aller jusqu'au bout. C'est pourquoi je continue de laisser venir ce qui sort naturellement plutôt que d'expérimenter délibérément différents sujets. Ça fait maintenant plus de deux ans que je fais des personnages. Lorsque ça sera autre chose qui viendra, je m'abandonnerai à ce qui pourra alors émerger... D'ici là, je continuerai d'explorer ce sujet que je n'ai pas encore épuisé. » Sur le plan technique, deux avenues distinctes s'offrent à elle. « Il y a les œuvres à l'acrylique. Je me fais d'abord un fond de couleur, puis j'essaie de voir ce qui va venir... Ce sont toujours des personnages qui émergent, mais je ne décide pas à l'avance de ce qu'ils vont exprimer ni à quoi ils vont ressembler exactement. Je me laisse surprendre à chaque fois. » Lui arrive-t-il de faire autre chose que des personnages? Très rarement. « Parfois en atelier, quand ça m'est imposé, lorsqu'il s'agit d'un exercice bien spécifique... Et même encore! (rires) Même quand je dois peindre un arbre, je me retrouve finalement avec... encore un personnage. C'est plus fort que moi. » Par ailleurs, lorsqu'elle fait du dessin d'observation, qu'il s'agisse du travail d'après un modèle-vivant ou bien d'autres sujets en atelier ou à l'extérieur, elle utilise une autre approche technique et un autre médium. « Avec le pastel sec, je dessine le plus souvent à l'aveugle et tente davantage de laisser émerger ce que je ressens devant mon sujet que de reproduire les formes que je vois. Se sont d'habitude des personnages qui apparaissent également. Peu importe le sujet d'origine. » Pourquoi est-elle ainsi hantée par ces figures de couleurs qui prennent place sur ses toiles dès qu'elle y met son pinceau ? Elle ne pourrait le dire avec certitude, mais elle a toutefois son idée sur le sujet : « J'ai consacré toute ma vie au théâtre, que ce soit au jeu, à l'enseignement ou à tout autre aspect de la production et de l'organisation... C'est peut-être pour ça que ma peinture raconte des histoires et se manifeste à travers des personnages, parce que c'est ainsi que le théâtre explore les thématiques du monde, à travers des personnages qui expriment des émotions, des sentiments, qui réfléchissent sur leur condition et sur la vie en général... » Lorsqu'on la questionne sur ses influences, Lyette Archambault se fait prudente: « J'aime beaucoup François Vincent, mais ce que je fais ne ressemble pas du tout à ses œuvres, sinon qu'il a tout comme moi travaillé en théâtre... Si je nomme spontanément cet artiste, c'est qu'il a joué un rôle important pour moi dans ma démarche artistique : lorsque j'ai pris ma retraite du monde du théâtre, on m'a fait choisir entre différents cadeaux... Je me suis décidé pour une sérigraphie de François Vincent. Cette œuvre m'a beaucoup marquée et elle a contribué à sa façon à ma nouvelle carrière artistique. Je me suis dit voilà ce que j'aimerais faire. Mis à part cet artiste, j'aime beaucoup également René Derouin, mais ce qu'il fait est également différent de mes propres œuvres. Pour le reste, j'ai été tout particulièrement frappée par ceux qui ont travaillé le personnage, comme Claude Le Sauteur, Picasso, Modigliani, Giacometti... » « J'aime bien peindre avec de la musique. Surtout du classique ou du jazz. Quelque chose d'assez relax. En tous cas, certainement pas du heavy métal (rires) ! Ou alors, c'est le silence. La musique reste pour moi un accompagnement, et non pas un soutien obligatoire. » Que cherche-t-elle a exprimer avec son art ? « Tout ce que je peux dire, c'est que je suis une femme positive. Je suis née dans le positif ! Il peut bien sûr y avoir de la mélancolie ou de la tristesse dans mes tableaux. Ça fait partie de la vie. Mais jamais du désespoir. Je n'exprime pas non plus de l'agressivité... Ça ne me ressemblerait pas. Et puis il est certain que je ne cherche pas à faire de la critique sociale... J'exprime ce qui est en moi tout naturellement... sans forcer quoi que ce soit. » En plus de se consacrer à son art, Lyette Archambault dirige également des ateliers de créativité pour permettre à ceux et celles qui veulent explorer la création artistique d'approfondir leur recherche. « Les gens viennent peindre librement. Je ne fais pas un cours. Je réponds au fur et à mesure aux questions. Les gens aiment ça. Je les aide à aller plus loin. Je suis un guide, j'imagine. » Son approche est d'abord de permettre aux participants d'expérimenter, de se découvrir eux-mêmes à travers les arts visuels. « Les gens ont parfois peur de dessiner différemment. Le but n'est pas de devenir un grand peintre, mais de pouvoir s'exprimer par les couleurs et les formes. » Elle consacre environ un cinquième de son temps de travail aux ateliers qu'elle organise. Parfois, ça peut même aller jusqu'à la moitié : « C'est certain que lorsque je donne des ateliers, je produis moins... Mais je tente de faire l'équilibre entre le temps que je mets à la direction d'ateliers et mon temps de production dans l'année. » Surtout que toutes les activités qui entourent sa pratique de l'art lui demandent également beaucoup de temps. « Je n'ai pas d'agent ou de gérant. Alors ça me demande beaucoup de planification. Organiser une exposition, ça peut être très exigeant. Elle garde toujours la flamme même si elle veut rester réaliste. C'est pourquoi elle tient à explorer les différentes sphères d'activité autour de sa pratique de l'art. « Je suis consciente de la réalité d'être une artiste aujourd'hui. Aussi, il est important pour moi de travailler à tous les niveaux de l'organisation. Je suis allé me chercher une formation globale, que je fais également partager autour de moi grâce à des ateliers et conférences sur des sujets aussi variés que le réseautage en arts visuels, l'aspect financier de l'art, l'évaluation des œuvres, puis l'importance d'aller au-delà de la peur de dessiner et celle de développer la créativité. Je travaille beaucoup auprès des retraités et pré-retraités qui veulent accorder une place plus importante à l'art dans leur vie. » Qu'est-ce qui l'occupe présentement et que prévoit-elle faire dans un proche avenir ? « Je reviens tout juste de l'événement Artiste en fêtes, à Sainte-Flavie en Gaspésie, qui est à chaque année une grande réussite. J'ai même eu la surprise (et l'honneur !) de remporter le 1er prix du Jury du Symposium avec une œuvre de pastel sec ayant pour titre "Marie", je croyais qu'un autre artiste avait donné le même titre à son tableau ! » « J'ai toujours hâte aux vacances, parce que je m'y consacre davantage à la peinture. Je me garde tous les ans une période où je m'installe au Bic et où je peins durant toute la matinée. J'ai besoin de périodes comme ça : il n'y a personne qui m'appelle, je ne vois pas de pièce de théâtre... Je fais ça quelques fois dans l'année. Je produis aussi autrement, mais ces instants-là sont des moments intensifs de création qui sont précieux pour moi. » Côté production, Lyette Archambault peut réaliser environ de 40 à 50 tableaux par an. « Le temps d'exécution est assez varié... Ça peut varier entre 10 minutes... et trois semaines ! » Elle souhaite continuer d'exposer à un bon rythme et poursuivre sa recherche et son apprentissage. Son objectif à moyen et à long terme est de travailler des personnages grandeur nature, et même plus grand... « En 2010, je vais sûrement faire un pas dans cette direction... J'ai tout un projet qui s'élabore à partir de portes trouvées dans le quartier... D'ici deux ou trois ans, mes œuvres devraient donc prendre du volume. » D'ailleurs, pour sa prochaine exposition à Brossard, cet automne, on y retrouvera deux grands tableaux d'environ trois pieds par quatre pieds parmi les œuvres qu'elle y présentera. « D'habitude, mes tableaux font plutôt 20 po par 24 po... Ou encore 20 po par 30 po... quand ce ne sont pas des miniatures qui ne font pas plus que 4 po par 4 po. Pour le pastel sec, je ne fais pas de format standard et je dois généralement les faire encadrer sur mesure... » Où se voit-elle dans 10 ans ? « Je souhaite simplement avoir la même passion. Je n'en demande pas plus. » Quant à son exploration des médiums, elle commence de plus en plus à intégrer d'autres matériaux à ses œuvres : « les techniques mixtes, à partir de collages, l'aquarelle, des matériaux divers comme de la corde, du papier de soie, des trucs assez légers, plutôt en superficie... L'œuvre de Lyette Archambault est de celles qui ne vous laissent pas indifférent. L'authenticité de sa facture, la fraîcheur et la spontanéité de sa démarche en font un incontournable pour qui souhaite retrouver dans une œuvre une beauté simple et dépouillée de toute volonté de s'inscrire dans un courant artistique ou dans une école spécifique. Ses toiles sont autant de miroirs reflétant l'émotion fugitive d'un envol de l'âme qu'on aperçoit du coin de l'œil, l'instant de regard, d'un mouvement, d'un geste furtif. On peut voir certaines de ses œuvres à l'exposition du Regroupement arts et culture Rosemont « 7 au Féminin » jusqu'au 25 octobre à La Capitale du Mont-Royal, au 2339, Beaubien Est, à Montréal, ainsi qu'au Hall des arts de Brossard, du 6 novembre au 1er décembre. On peut voir également les œuvres de Lyette Archambault sur le site www.galerie-ova.com. Retour ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]()
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